a) Après le Rapport Arbour et la fermeture de la
Prison pour femmes
Ni l'annonce de la fermeture de la Prison pour femmes de
Kingston (prévue pour l'été 1997) ni les révélations
de la Commission d'enquête n'ont amélioré les
conditions ou réduit la tension dans cet établissement.
Il est regrettable que, depuis le dépôt du Rapport
Arbour, le Service correctionnel du Canada (SCC) nie toujours
avoir agi illégalement tout en s'efforçant de
maintenir une image de droiture. Preuves à l'appui, et
malgré les dénégations officielles de
l'organisme, les infractions à la loi et aux politiques pénales
se poursuivent à Kingston.
L'ACSEF continuera de jouer un rôle clé en matière
de prévention, de surveillance et de dénonciation
des problèmes de procédures et de politiques, comme
elle l'a fait à propos de la façon dont le Service
correctionnel du Canada a traité et traite encore les problèmes
à Kingston et dans les nouvelles prisons régionales
pour femmes. En plus de vouloir élucider des incidents ou
des événements précis, l'ACSEF s'est également
engagée à étudier des questions politiques
pertinentes, et à agir en conséquence.
Malheureusement, alors même que la Prison pour femmes devait
être fermée et que les nouvelles prisons commençaient
à fonctionner en toute hâte, le SCC se montrait réticent
à renoncer à des modèles pénitentiaires
conçus pour les hommes.
Presque un an après la parution du rapport de la
Commission Arbour, le SCC est toujours aussi peu transparent et
arrogant : prisonnier ou non, quiconque questionne ses agissements
est ignoré et qualifié de personne sans importance
et mal informée, quel que soit le sérieux ou les répercussions
des questions soulevées. Tous les efforts semblent viser à
nier les problèmes, à discréditer le " détracteur
" et à continuer de faire comme si de rien n'était.
Cela se confirme dans le traitement des femmes purgeant une
peine fédérale, en particulier dans les Prairies à
la Prison pour femmes d'Edmonton, où les femmes incarcérées
doivent se dévêtir avant la fouille (sans raison ni même
un doute raisonnable justifiant une telle initiative), et où
l'usage excessif de la force viole aussi bien la Loi sur le système
correctionnel et la mise en liberté sous condition que la
Charte des droits et libertés. En outre, des femmes ne représentant
que peu de risques sur le plan de la sécurité sont
escortées dans la communauté menottes aux mains et
chaînes aux pieds. Autre exemple de conduite inappropriée
et d'abus de pouvoir à la Prison d'Edmonton : l'usage de la
" cage " pour ramener une femme, même déclarée
non dangereuse, d'une visite privée à la prison pour
hommes - alors qu'elle avait fait l'aller sans contraintes, en
automobile, simplement escortée d'un policier.
D'autres questions liées aux nouvelles prisons fédérales
pour femmes au Canada soulèvent le manque de leadership au
sein de Service correctionnel. Se conformant aux recommandations
de la juge Arbour, le SCC a bel et bien nommé un
Commissaire adjoint pour les femmes… mais sans mettre à
exécution la plupart des recommandations ayant trait à
ce poste. Cela signifie non seulement de grandes limitations
d'autorité pour le poste, mais également que le vide
directionnel se perpétue - les gardiens des nouvelles
prisons pour femmes et de la Loge de guérison Okimaw Ohci
relèvent donc toujours de commissaires adjoints régionaux
responsables des prisons pour hommes et des services
correctionnels dans la communauté. Le Commissaire adjoint
pour femmes ne peut s'opposer aux décisions des
Commissaires adjoints régionaux; ni décider comment
les programmes à l'intention des femmes purgeant une peine
fédérale seront mis en oeuvre.
Dans les nouvelles prisons régionales d'Edmonton
(Alberta) et de Truro (Nouvelle-écosse), nombre de femmes
ont été victimes d''usage et(ou) illégal de
la force et de la détention, de transferts illégaux
ou de dénis de traitements respectueux de leurs droits. Pis
encore, l'ancien Solliciteur général a approuvé
ces agissements ainsi que la décision du Commissaire de
Service correctionnel d'isoler les femmes représentant des
risques sur le plan de la sécurité et celles ayant
de sérieux problèmes de santé mentale dans
des cellules à sécurité maximale de pénitenciers
pour hommes.
Ces réalités illustrent pourquoi nous devons
continuer de nous préoccuper de l'avenir des femmes
purgeant une peine fédérale au Canada. Nous doutons
fort de la volonté de Service correctionnel du Canada de réaliser
les réformes nécessaires pour répondre aux
besoins et aux défis associés à l'incarcération
des femmes. Cette image d'un système de justice pénale
professant le plus grand respect pour la loi, et exerçant
le pouvoir de manière juste et humaine, offre un contraste
déchirant avec l'expérience vécue par les
femmes et par l'ACSEF.
Ce sont des décisions comme celle de transférer
des femmes dans des prisons pour hommes, autant que les incohérences
dans l'application de la nouvelle " philosophie " exprimée
en 1990 dans le rapport du Groupe de travail sur les femmes
purgeant une peine fédérale, qui ont provoqué
une telle explosion de problèmes et un tel recul dans les
conditions d'emprisonnement des femmes, comme on l'a constaté
dans les nouvelles prisons d'Edmonton et de Truro. Le stress,
l'anxiété et l'incertitude que connaissent les
femmes en attente de transfert et celles déjà
rendues dans les nouvelles prisons ainsi que les nombreuses
difficultés transitionnelles exigent que le SCC clarifie sa
politique et qu'il mette en place un personnel expérimenté
ainsi que des programmes d'appui à l'intention des femmes
incarcérées.
L'ACSEF a rencontré de nombreux obstacles - en fait les mêmes
que ceux de 1994-1995 - pour obtenir directement de SCC des copies
de rapports d'enquêtes et de films vidéo. Cette année,
nous avons donc dû demander au Commissaire à
l'information de nous en faciliter l'accès. Cette situation
est une désolante " reprise " de ce que nous
avons vécu après les incidents survenus à la
Prison pour femmes de Kingston, en avril 1994.
C'est avec beaucoup de retard que le Solliciteur général
et le Commissaire du Service correctionnel ont décidé
d'ouvrir les prisons régionales de l'Ontario et du Québec,
en janvier 1997 : nous espérons de tout coeur que l'expérience
d'Edmonton et de Nova les influencera positivement. En outre, nous
souhaitons que le SCC adhère aux pratiques et approches
utilisées par la Loge de guérison d'Okimaw Ohci,
dont le succès devrait mener à l'élaboration
de politiques et de programmes correctionnels ainsi qu'à
une nouvelle formation du personnel pour l'ensemble des centres de
détention pour femmes - les principes et approches de la
Maison peuvent s'appliquer partout.
Un an après la publication des recommandations de la juge
Arbour, le Canada n'a toujours pas de stratégie nationale
structurée au chapitre de la remise en liberté et de
la supervision en communauté des femmes purgeant une peine
fédérale. À l'exception d'une maison de
transition dans le Vancouver métropolitain, et du fait que
le SCC peut acheter des " places " dans des centres à
financement provincial, on ne compte aucune maison de transition à
l'ouest de l'Ontario. Il y en a quatre en Ontario et une au Québec,
mais aucune dans l'est du Canada. L'ACSEF exhorte le SCC à
développer au plus tôt une stratégie nationale
et des normes claires pour l'intégration communautaire des
femmes purgeant une peine fédérale.
En plus de chercher des stratégies visant à protéger
le droit à l'équité des femmes incarcérées,
nous avons terminé l'année en demandant :
L'expérience des femmes incarcérées révèle
trop de cas d'oppression, d'abus de pouvoir et de décisions
arbitraires, toutes situations inacceptables. À notre avis,
cette année encore, le Service correctionnel du Canada a
fait preuve d'une grave indifférence envers les femmes
incarcérées, d'un manque de respect flagrant de ses
propres politiques et d'un mépris troublant pour les lois
qui président à son existence même. L'ACSEF se
préoccupe toujours de la position du SCC, qui non seulement
refuse toute responsabilité dans les événements
survenus en avril 1994 ou après à la Prison pour
femmes mais qui consacre tant d'efforts à consolider cette
idée de femmes incarcérées difficiles à
" gérer " ou représentant des risques
majeurs pour la sécurité publique.
L'ACSEF préférerait que le SCC développe
des plans pour répondre aux besoins des quelques femmes
encore emprisonnées à Kingston et de celles qui ont été
transférées dans les nouvelles prisons, la Loge de
guérison Okimaw Ohci ou les unités à sécurité
maximale des prisons pour hommes. Il faut mettre davantage
l'accent sur l'appui communautaire à l'intention des femmes
incarcérées.
[Index au Rapport Annuel, 1997]
b) Résurgence des problèmes
dans les nouvelles prisons
Nous continuons de craindre les répercussions punitives
de la stratégie anti-drogue. Plutôt que de réduire
le mal causé par les drogues, les politiques et pratiques
actuelles visent à découvrir, arrêter et punir
les femmes incarcérées qui en font usage, aggravant
la situation de ces femmes et, en général, de toutes
les femmes incarcérées. Nous encourageons le SCC à
appliquer ce qu'ont révélé ses propres
recherches et à mettre l'accent sur des approches plus
progressistes et proactives pour régler ce problème.
Nous avons incité le SCC à favoriser les
interventions d'appui constructives - encourageant les toxicomanes
à s'identifier et à demander de l'aide - et à
mettre fin aux pratiques punitives consistant à suspendre
immédiatement tous les droits et privilèges des
femmes dont on présume ou dont on prouve qu'elles prennent
des drogues. Non seulement pensons-nous que ces punitions peuvent
enfreindre la Charte des droits des femmes incarcérées,
mais nous nous inquiétons aussi du fait que les visites des
membres de la famille, surtout des enfants, soient remises en
question même quand les visiteurs ne sont pas impliqués
dans l'introduction de drogues dans les prisons.
Bien que les mesures punitives puissent aider à enrayer
les comportements défendus chez des personnes peu enclines à
la " délinquance ", on sait que, loin d'avoir un
effet de dissuasion, elles se traduisent en général
par une recrudescence des efforts pour " se cacher ". Il
en va ainsi chez les toxicomanes qui n'arrivent pas à
cesser de consommer : plus elles risquent d'être punies,
plus elles tenteront l'impossible pour ne pas " se faire
prendre ". Nous nous opposons au renforcement des punitions
qui, nous ne l'avons que trop constaté, ne peuvent
qu'amener de plus en plus de femmes au désespoir et à
l'échec dans ce domaine. Les conséquences des
mesures punitives ont toujours été tragiques, et
elles continuent de l'être.
L'ACSEF a suggéré que, pour mieux gérer les
problèmes de drogue dans les prisons, le SCC mette l'accent
sur la prévention et adopte des approches visant la réduction
des méfaits, conformément à des
recommandations comme celles du Comité d'experts sur la prévention
du sida (CEPS) et celles du Dr Diane Riley, qui avait été
embauchée par le SCC lui-même.
Avec la régionalisation de l'ACSEF, nos efforts visent
plus que jamais à défendre les femmes purgeant une
peine fédérale dans les nouvelles prisons. Nos sociétés
régionales y effectuent des visites et offrent des services
aux femmes sur une base hebdomadaire ou quotidienne, selon leurs
ressources. La directrice exécutive de l'ACSEF visite les
nouvelles prisons 2 ou 3 fois par année et les représentantes
régionales y vont tous les mois. Ces visites comprennent
des rencontres avec les regroupements de femmes incarcérées
et avec les administrateurs de la prison.
Ce sont les représentantes régionales qui
informent les sociétés Elizabeth Fry et l'ACSEF des
questions, des besoins et des préoccupations identifiés
dans leur région. La directrice exécutive de l'ACSEF
coordonne la politique nationale et les efforts relatifs à
la réforme législative, et elle aide au besoin les
représentantes locales et régionales.
L'ACSEF a des obligations envers les femmes purgeant une peine fédérale,
qui comptent sur nous pour les défendre. Dans la mesure du
possible, l'ACSEF encourage les femmes incarcérées à
utiliser les procédures internes de plaintes et de griefs,
ainsi que l'aide des enquêteurs correctionnels et des
avocats. Nous cherchons à coordonner les efforts afin de
pouvoir intervenir de la façon la plus efficace qui soit,
et pour éviter la duplication des démarches. L'éternelle
question des ressources limitées et de la possibilité
d'y accéder, tout comme les grands besoins des femmes en
matière de soutien, font que l'ACSEF a parfois aidé
les femmes incapables d'obtenir les services d'un avocat ou d'un
autre intervenant comme par exemple dans des cas d'autorisation spéciale
pour raison humanitaire ou sur des questions relevant de la
Commision nationale des libérations conditionnelles.
Après la publication de La Création de choix, le
Comité directeur du Groupe de travail a été démantelé
pour être remplacé par un Comité national de
mise en oeuvre (NIC) où, malgré les recommandations
du Groupe de travail, ne siège aucune femme purgeant une
peine fédérale, aucun membre de l'ACSEF ni aucun
autre représentant communautaire. En outre, depuis la
promulgation de la Loi sur le système correctionnel et la
mise en liberté sous condition, dont la clause s.77 impose
la consultation de groupes tels que le nôtre, le Commissaire
du Service correctionnel, des membres de son personnel aux sièges
sociaux national et régional ainsi que le Programme des
femmes purgeant une peine fédérale ont résisté
à la participation directe de l'ACSEF à l'élaboration
des politiques.
Dans les nouvelles prisons régionales, l'ACSEF et ses
membres continuent de remplir leurs fonctions de surveillance afin
d'assurer que les droits des femmes soient respectés et que
le SCC se conforme aux lois régissant ses activités.
L'ACSEF préfère ne pas participer aux questions
purement " opérationnelles " de la Prison pour
femmes ou des nouvelles prisons. Par conséquent, l'ACSEF
continue d'affirmer la nécessité d'établir
des régies régionales pour ces nouvelles prisons et
d'un conseil consultatif national dans les domaines des services
correctionnels pour les femmes purgeant une peine fédérale.
À moins que ne soient constitués de tels organismes
indépendants vraiment efficaces et représentatifs,
l'ACSEF devra sans doute continuer d'intervenir au nom des femmes.
[Index au Rapport Annuel, 1997]
c) Perpétuation de la mauvaise
gestion des SCC et de l'acharnement sur les femmes incarcérées
dans les nouvelles prisons
L'ACSEF continue de mettre l'accent sur l'application des
recommandations du Groupe de travail sur les femmes purgeant une
peine fédérale. Notre but est d'aider et d'appuyer
les femmes lors de la transition entre la fermeture de la Prison
pour femmes à Kingston et les transferts dans les nouvelles
prisons et la Loge de guérison Okimaw Ohci. À cette
fin, l'ACSEF visite la Prison pour femmes de Kingston au moins une
fois par mois. L'ACSEF a également rencontré les
femmes incarcérées à la prison des Prairies à
Edmonton, à la Loge de guérison Okimaw Ohci pour les
femmes des Premières nations, à Maple Creek
(Saskatchewan) sur la Réserve Nekaneet, aux unités
d'isolement à sécurité maximale du pénitencier
de la Saskatchewan à Prince Albert, au Centre psychiatrique
régional à Saskatoon, à l'Institution Grand
Valley à Kitchener (région de l'Ontario), à
la prison de Joliette (région du Québec), à
l'unité d'isolement à sécurité
maximale de Sainte-Anne-des-Plaines (qui sert également
d'unité à sécurité maximale pour les
hommes), à l'Institution de sécurité maximale
de Springhill (Nouvelle-Écosse), à l'Institution
pour femmes de la région de l'Atlantique et au Centre
correctionnel Burnaby (pour les femmes purgeant une peine fédérale
dans la région du Pacifique).
Malgré les objections et les interventions de l'ACSEF et
d'autres groupes de femmes nationaux, le Service correctionnel du
Canada continue de classer beaucoup trop de femmes comme représentant
des risques sur le plan de la sécurité. Loin de
rechercher l'apport et l'expertise des femmes elles-mêmes et
de celles qui ont investi dans la vision, les principes et les modèles
de services correctionnels pour femmes énoncés dans
La création de choix, le SCC, incapable de mettre en place
une philosophie et des approches correctionnelles nouvelles et
dynamiques, persiste à recourir d'abord à des mécanismes
de sécurité dépassés. Les mesures sécuritaires
massives ont donc été accrues dans toutes les
nouvelles prisons. Et encore une fois, nous avons assisté à
l'installation de clôtures, fils barbelés, détecteurs,
objectifs zoom sur 360 degrés, caméras à
infrarouge et toutes sortes d'autres appareils électroniques
- c'est ainsi que le SCC a voulu pallier son incompétence
devant les besoins et problèmes auxquels font face les
femmes transférées l'année dernière à
la prison d'Edmonton.
Les sociétés Elizabeth Fry, chacune dans leur région,
travaillent à consolider les liens des femmes dans leurs
communautés respectives afin de faciliter la planification
de services d'intégration communautaire. L'ACSEF continue
de s'opposer à la décision d'isoler les femmes
purgeant une peine fédérale et supposées représenter
des risques sur le plan de la sécurité dans des unités
spéciales de prisons pour hommes.
L'ACSEF tente de déterminer ce qui s'est passé
exactement à Nova et à Edmonton l'année dernière;
sauf pour ce qui est des entraves et de la participation d'hommes
aux fouilles corporelles, il semble que les événements
se rapprochent de ceux survenus il y a trois ans à Kingston
- tout cela malgré le rapport Arbour.
[Index au Rapport Annuel, 1997]
d) Criminalisation des femmes considérées
comme ayant des problèmes de santé mentale
L'ACSEF continuera de mettre l'accent sur les besoins relatifs à
la santé mentale des femmes purgeant une peine fédérale
ainsi que sur la tendance, à la hausse, à
criminaliser les femmes diagnostiquées comme souffrant de "
maladies " psychologiques ou psychiatriques ou celles
identifiées comme souffrant de déficiences mentales.
Ce besoin s'est d'abord fait sentir dans les provinces de
l'Atlantique.
Traditionnellement, les femmes ont été sur-représentées
dans les établissements psychiatriques et sous-représentées
dans les prisons. Avec la fermeture des hôpitaux
psychiatriques et la cessation des services communautaires, le
Canada est cependant témoin d'une augmentation du nombre de
femmes criminalisées peu après leur sortie - ou leur
rejet - d'un système de santé mentale surchargé
et sous-financé.
Le SCC a élaboré une stratégie en matière
de santé mentale qui est à l'essai au Centre
psychiatrique régional de Saskatoon. L'ACSEF, qui a critiqué
la première ébauche de la stratégie cette année,
attend la deuxième version de ce projet. Selon nous, le
Centre psychiatrique régional de Saskatoon ne reflète
pas le genre d'environnement de soins promis par le SCC.
Nous sommes d'avis que toute stratégie en matière
de santé mentale à l'intention des femmes purgeant
une peine fédérale doit commencer par une
reconnaissance claire de la façon dont l'environnement carcéral
dans son ensemble, particulièrement le comportement du
personnel et l'isolement des femmes incarcérées, génère
et accentue les problèmes de santé mentale - ce que
le SCC ne réussit pas à faire. À ce chapitre,
la stratégie doit d'abord passer par l'examen des problèmes
sous l'angle du climat carcéral.
Le modèle de SCC remet aux femmes la responsabilité
de se " transformer " sans leur offrir les occasions ni
l'environnement qui les encourageraient à y arriver et qui
les habiliteraient à faire de bons choix. L'accent porte en
général sur le contrôle et sur les capacités
cognitives - même dans le contexte de la thérapie
individuelle. Et encore l'ACSEF est préoccupée par
l'obligation faite aux femmes de démontrer un changement de
comportement pour avoir accès à une thérapie.
Nous nous inquiétons beaucoup de ce que la stratégie
se limite au comportement immédiat des femmes. Par exemple,
on semble se contenter d'une observation directe et d'une évaluation
qualitative du comportement - sans analyse contextuelle ni évaluation
ou discussion des facteurs ou des événements qui y
ont contribué. Selon nous, il faudrait élaborer une
stratégie et une planification portant sur la sélection
du personnel, son rôle, sa formation, le développement
professionnel continu et les pratiques de travail.
L'ACSEF aimerait également que le SCC définisse
des paramètres concernant l'usage des médicaments, étant
donné que les médicaments ont traditionnellement
servi à contrôler le comportement des femmes, tant
dans la société en général qu'en
prison. En outre, l'ACSEF compte sur un modèle qui
porterait davantage sur la façon de répondre aux
besoins des femmes plutôt qu'à ceux de l'institution,
du personnel ou du programme correctionnel et qui pourrait
s'inspirer des méthodes utilisées à la Loge
de guérison Okimaw Ohci. Les objectifs poursuivis par les
femmes devraient être ceux qu'elles ont identifiés
elles-mêmes et la stratégie d'ensemble devrait développer
des mesures incitatives à la " guérison ".
Selon nous, dans le cadre de la stratégie, il faut
encourager l'appui externe multidisciplinaire, à la fois thérapeutique
et personnel. Afin de faciliter la continuité des soins à
l'intention des femmes purgeant une peine fédérale,
il faut que les partenaires institutionnels considèrent eux
aussi le counselling externe ainsi que le soutien thérapeutique
et spirituel comme des éléments valables et
essentiels à une stratégie d'ensemble. Plutôt
que de voir le SCC isoler les femmes dans des unités à
sécurité maximale, l'ACSEF préférerait
que soit établie la notion de petits centres au sein des
prisons régionales. Nous aimerions que les femmes qui
suivent un " traitement " puissent maintenir les
relations avec leurs appuis personnels : nous devrions les aider à
bâtir et à maintenir des liens avec leur communauté
d'origine.
Nous nous inquiétons toujours de la capacité des
prisons régionales, telles qu'elles sont gérées
actuellement, d'offrir un environnement thérapeutique centré
sur les femmes dans le cadre duquel une thérapie ou un
traitement intensif leur permettrait de faire des choix sans être
infantilisées ou harcelées. Nous continuons
d'encourager le SCC à créer un climat institutionnel
où les employés supportent et renforcent des
attitudes et des relations positives, un milieu où l'on
puisse " faire confiance ". Bref, la direction et le
personnel du SCC doivent s'éloigner des modèles de
pouvoir et de contrôle pour tenter de redonner espoir et
courage aux femmes. En outre, ils doivent reconnaître que la
responsabilité du mieux-être et de la croissance ne
repose pas seulement sur les femmes, et qu'ils ont le devoir de
devenir des modèles et des mentors.
Nous exhortons également le SCC à ne pas traiter
les femmes ayant des difficultés mentales comme si elles étaient
un groupe homogène. Les caractéristiques de la "
population traitée ", telles que décrites par
le SCC, sont incroyablement variées : il faut donc mettre
l'accent sur l'individualisation. En outre, le SCC a plus d'une
fois confondu problèmes de santé mentale et
violence, ce qui favorise et(ou) perpétue les désordres
mentaux chez certaines femmes.