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Lisa a passé six ans en prison pour un délit que la Cour dappel a jugé punissable dune sentence de trois ans plutôt que celle imposée par le juge Murray. De plus, ses conditions de détention furent parmi les plus sévères et contraignantes au Canada. Personne ne devrait endurer le type de traitement auquel elle fut sou-mise. Il est à souhaiter que la décision de la Cour dappel de lAlberta dans le cas de Lisa entraîne des changements systémiques dans ladministration de la justice par les femmes en Alberta et au Canada. Tout dabord, la Cour a confirmé la décision de la Cour suprême du Canada dans laffaire Lyons à leffet que la désignation de criminel dangereux ne devait «sappli-quer quà un petit groupe de personnes très dangereuses» et que «la Cour devait être convaincue que le comportement de la personne est pathologique et impossible à changer». La Cour a aussi critiqué lacceptation par les cours de première instance dune évaluation psychologique qui sous-entendait que les pensées meurtrières dune femme peuvent équivaloir à la commission de meurtre par lhomme La Cour souligna également que «la loi sur les criminels dangereux sadressait à un petit groupe de délinquants récalcitrants dont le comportement est tellement intégré que le risque éventuel pour la sécurité publique exige une détention préventive» et nota que «tous les délits commis par Lisa Neve étaient liés à sa vie comme prostituée et, constituaient des tentatives de corriger des torts faits aux autres». La Cour a de plus trouvé que Lisa Neve était une jeune femme avec un passé de violence fort récent et, plus quautre chose, une propension à raconter des histoires à connotations violentes. Enfin, la Cour dappel a précisé que la question était de savoir si Lisa Neve, com-parativement à lensemble des délin-quants, hommes, femmes, jeunes, vieux, appartenait à ce petit groupe de délin-quants très dangereux. Les juges ont trouvé quelle ny correspondait pas et ont donc renversé le premier jugement, y substituant une sentence de trois ans, «conforme à un délit de vol». En deux jours, Lisa est passée de la réalité dune vie en prison à la liberté. Nonobstant le fait que lAssociation Canadienne des Sociétés Elizabeth Fry et dautres groupes de femmes ont applaudi la décision de la Cour dappel, il est dom -mage que la Cour nait pas autorisé ces groupes à témoigner en faveur de Lisa. En effet, lAssociation Canadienne des Sociétés Elizabeth Fry, lAssociation des fem-mes autochtones, le Réseau des femmes handicapées, le Fonds déducation et daction des femmes auraient souhaité faire valoir les implications de la décision du juge de première instance Murray eu égard à la Charte des droits. Mais la Cour dappel na pas permis à la coalition dintervenir, préférant sen remettre uniquement à lavocat de la défense pour de tels arguments. Ce faisant, leur décision na pas porté sur la question de légalité parce que les juges la considéraient inutile une fois quils avaient déterminé que la désignation de criminel dangereux avait été mal utilisée dans le cas de Lisa. Par chance, les arguments et les analyses des faits et de la loi par le juge en chef Fraser et les juges Conrad et Picard fournissent une base utile pour des contestations futures sur la base de légalité ce qui permettra daider les autres, même les hommes. Depuis la décision, avec laide de sa famille, Lisa sadapte à la vie hors de prison. Elle fut en libération conditionnelle jusquà lexpiration du mandat en novembre 1999 et elle continue à travailler sur son avenir. Le plus grand danger qui la guette maintenant est celui de la réaction du public qui pourrait nuire à sa réinsertion sociale.
L a fin de lannée est arrivée sans que justice soit rendue pour Dorothy Proctor et les autres détenues qui fu-rent soumises, il y a 40 ans, à des expérimentations au LSD à la prison des femmes de Kingston. Cela fait plus de cinq ans que M me Proctor, la seule qui accepte dêtre identifiée, a approché le solliciteur général et le Service correctionnel du Canada, demandant quils reconnaissent leur responsabilité face aux expérimenta-tions auxquelles elle fut soumise quand elle était une jeune femme emprisonnée à Kingston. Le Service correctionnel du Canada a mandaté un comité denquête pour examiner le cas de M me Proctor. Dans leur rapport portant le titre de Board of Investigation into allegations of mistreatment at P4W between March 22, 1960 and August 1, 1963, les enquêteurs ont recommandé une compensation pour Mme Proctor et pour 22 autres femmes qui reçurent du LSD à la prison. Le Service correctionnel du Canada a ensuite demandé au Centre déthique médicale et de droit de lUniversité McGill de lui fournir un avis indépendant sur les effets à long terme du LSD et des protocoles pour répondre à chaque cas individuellement. Ils ont également demandé que les femmes sidentifient auprès des services de santé du Service correctionnel du Canada. La faiblesse de létude de McGill soulève des questions quant à la nature et à la quantité dinformation fournie par le Service correctionnel du Canada. En effet, les avocats de M me Proctor ont révélé que le Service correctionnel du Canada a omis de divulguer de linformation essentielle touchant les expérimentations au LSD, les opérations à Kingston et les résultats de leur enquête depuis les cinq dernières années. LAssociation Canadienne des Sociétés Elizabeth Fry a demandé au commissaire national du Service correctionnel doffrir immédiatement des compensations à M me Proctor et aux autres détenues touchées, en plus de faire des efforts pour identifier les quelque 20 autres femmes ayant subi ces expérimentations. Nous les avons encouragés à assurer lanonymat à ces femmes qui pourraient ne pas vouloir savancer par crainte que la publicité ne cause des torts à leurs familles. Tout comme ce fut le cas avec la Commission Arbour, le Service correctionnel du Canada a tendance à nier et à éviter sa responsabilité face à une faute. Ce nest quune question de temps avant que le Service correctionnel du Canada soit encore une fois appelé à rendre des comptes. |
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