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Au départ, K fut accusée de meurtre au premier degré. Il est courant que la police émette envers les jeunes qu’ils souhaitent voir déférer à la cour adulte l’accusation la plus grave que leur version des faits puisse appuyer. La preuve présentée lors d’audiences en vue d’un transfert au tribunal adulte n’est pas soumise à la même rigueur qu’à un procès. K fut déférée à la cour adulte en raison de ce chef d’accusation. Elle faisait partie d’un groupe de sept jeunes impliqués, mais était la seule fille. Les autres jeunes furent accusés comme, elle et quatre d’entre eux ont témoigné contre leurs «amis» en échange de leur liberté.

Une fois transférée à la cour adulte, la couronne lui proposa un règlement soit trois à quatre ans de prison en échange d’un plaidoyer de culpabilité à une accusation réduite d’homicide involontaire. Comme c’est souvent le cas, et malgré l’opinion de son avocat qui estimait qu’elle avait de bonne chance d’être acquittée, elle n’était pas prête à risquer d’être trouvée coupable à la suite d’un procès sur un chef d’accusation de meurtre au premier degré, puis sentencée à la prison à vie sans chance de libération avant 25 ans.

K a donc plaidé coupable et fut condamnée pour homicide involontaire. Malgré le fait que la couronne recommandait trois à quatre ans de prison, le juge lui donna une sentence d’une année. Quand K réalisa que cela signifiait un retour à la même prison provinciale où elle avait passé deux ans, elle demanda à son avocat de tenter d’obtenir qu’elle soit placée ailleurs. Il s’ensuivit une requête pour une sentence de deux ans pour qu’elle puisse être incarcérée à la nouvelle prison régionale d’Edmonton ou encore à la loge de guérison d’Okimaw Ohci.

Malheureusement, le Service correctionnel du Canada a classé K à un niveau sécuritaire maximum et la plaça à l’unité maximum du pénitencier pour hommes de la Saskatchewan. À l’âge de 18 ans, K avait déjà commis deux tentatives de suicide là-bas, ce qui lui valut un transfert au Centre régional psychiatrique. Le Service correctionnel recommanda alors qu’elle soit détenue jusqu’à l’expiration du mandat d’internement.

Quand le grand-père de K est mort, on lui refusa un permis d’absence temporaire pour aller aux funérailles. Sur la foi de la déclaration d’un policier de Winnipeg quant au risque que K représentait, le Service correctionnel lui refusa la possibilité de rendre hommage à l’homme qui l’avait élevée et qu’elle reconnaissait plus comme son père que comme grand-père. À l’âge de 19 ans, K fut libérée d’office. Alors que sa grand-mère demandait que K aille vivre avec elle, le Service correctionnel la força à aller dans une maison de transition pour hommes.

K était la seule femme dans la maison et est devenue l’objet de sollicitations de la part de plusieurs résidants. Elle prit tous les moyens pour éviter d’être à la maison, se plaçant en bris de conditions de sa libération conditionnelle. Conséquemment, elle fut retournée à deux reprises à la prison Portage.

À l’expiration de sa sentence de deux ans, elle fut soumise à une probation de trois ans avec des conditions plus sévères que celles de sa libération conditionnelle. En plus d’un couvre-feu à 19 h, elle devait accomplir 400 heures de travaux communautaires. Ces conditions l’empêchaient de poursuivre son travail de soir, donc de gagner sa vie et de continuer ses études. Après avoir dépassé son heure de couvrefeu et son délai pour les 400 heures de travail, elle s’est retrouvée à nouveau en bris de ses conditions.

Où K peut-elle aller maintenant pour avoir de l’aide ? Elle était sous la protection de la jeunesse au moment de son arrestation. C’est l’État qui était son parent. Cinq ans plus tard, à l’âge de 21 ans, K est libérée sans ressource, ni support familial, plus abattue par le système qu’avant. K s’est automutilée et médicamentée pour assumer sa vie en prison. Elle croit que c’est tout ce qui lui reste quand elle pense à sa triste vie : sans famille, ni argent, ni travail, mais rapidement ciblée quand il s’agit de l’accuser et de l’emprisonner à la suite des bris de conditions.

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La désignation de « criminel dangereu »
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L e 29 juin 1999, la Cour d’appel de l’Alberta a décidé de renverser la désignation de «criminel dangereux» prononcée contre Lisa Neve le 17 novembre 1994. Lisa avait 21 ans quand elle fut étiquetée comme la deuxième femme la plus dangereuse au Canada et emprisonnée pour une durée indéterminée.

Avant elle, deux autres femmes avaient reçu cette étiquette. La première, Marlene Moore, s’est suicidée à la prison des femmes de Kingston. Le troisième cas a également été renversé en appel.

Quand Lisa avait 12 ans, elle fut placée en «traitement sécuritaire» et, peu de temps plus tard, en détention sécuritaire. Contrairement à plusieurs femmes de son âge, elle était respectée comme «chef», et le système réagissait à son tempérament confiant et affirmatif. De telles qualités ne sont généralement pas acceptées, encore moins encouragées socialement, que cela soit par le système de protection de la jeunesse ou le système de justice criminelle. Elles sont considérées comme d’autant plus inacceptables quand il s’agit d’une jeune femme. Le sexisme, le racisme, l’hétérosexisme et les préjugés de classes se conjuguent pour former une lunette particulièrement discriminatoire quand il s’agit de voir et de juger les femmes comme Lisa.

Ce ne fut pas très long avant que les autorités voient Lisa comme un «problème» qu’il fallait corriger. Une fois les étiquettes attachées, elles collent et en attirent d’autres qui s’ajoutent et aggravent les premières. Lisa fut d’abord difficile, rebelle, ensuite elle devient une instigatrice négative, plus tard agressive, sociopathe et enfin dangereuse. S’appuyant principalement sur les notes à son dossier dans les centres juvéniles et à son comportement non féminin et de renégate sur la rue, Lisa a été déclarée la plus dangereuse des femmes au Canada par le Juge Murray en 1994, et ensuite classée comme détenue à sécurité maximum par le Service correctionnel du Canada pen-dant plus de quatre ans.

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