PRIORITÉS ET RÉFORME LÉGISLATIVE
Cette année, l'ACSEF a dû traiter de questions qui
mettaient au défi la nature et le mandat même de notre
association. Ceci s'est avéré positif et nous savons ce
qu'il nous reste à faire pour remplir notre mandat. Voici le
sommaire détaillé de chaque activité et de chaque
sujet.
A l'appui des femmes incarcérées
a) La prison pour femmes (P4W)
Des conditions qui se détériorent et une tension
accrue à la Prison des femmes (P4W) ont retenu l'attention de
l'ACSEF lors de discussions avec les Services correctionnels du
Canada. Au début de l'année budgétaire, nos préoccupations
dans ce domaine ont pris des proportions de crise. Malheureusement,
ces préoccupations, comme tant d'autres, ont été
ignorées. Des incidents sont donc survenus à la P4W,
dont l'un fut éventuellement mis à jour lors de la
diffusion du documentaire intitulé « The Ultimate Response
» dans le cadre de l'émission Fifth Estate, sur les ondes
de Radio-Canada.
Voici d'autres événements-clé qui n'ont pas fait
la manchette : un jugement par la cour selon lequel les Services
correctionnels du Canada devaient retourner à la P4W les femmes
qui avaient été mutées, contre leur gré,
le 6 mai 1994, au Pénitencier de Kingston pour hommes, sans
oublier la carence affective et l'isolement cellulaire des six femmes
ayant participé à l'incident survenu le 22 avril 1994;
ces femmes ont été isolées et enfermées
pendant 23 heures, deux d'entre elles pour une période de huit
mois et les quatre autres pour une période de neuf mois, à
la suite de ces dits incidents.
Pendant ce temps, la surveillance augmentait et on isolait la prison
toute entière, principalement l'aile B. La tension a continué
de croître à la P4W ce qui a entraîné
davantage d'agitation, des femmes demandant à être mutées,
une liberté de mouvement limitée, ainsi qu'une tension
accrue au chapitre des relations prisonnières/personnel.
L'ACSEF reçoit habituellement de 5 à 10 appels par
semaine en provenance de femmes purgeant une peine fédérale;
ce taux est passé de 15 à 20 par semaine, atteignant
jusqu'à 10 à 12 appels par jour lors de période
de haute tension.
Le Rapport d'enquête des SCC, connu sous le quolibret «
d'incidents survenus en avril 1994 » n'a été rendu
public que neuf mois après la tenue des événements.
On a également interdit à l'ACSEF l'accès aux
bandes vidéo où, le 26 avril 1994, huit femmes, dont
deux n'avaient pas participé aux « incidents » du 22
avril 1994, étaient dévêtues et enchaînées
par une équipe d'urgence mâle. Il ne faut pas oublier le
transfert involontaire de cinq des femmes au Pénitencier de
Kingston, le 6 mai 1994. Deux jours après la diffusion du
documentaire produit par le Fifth Estate et l'annonce faite par le
Solliciteur général à l'effet qu'il commandait
une enquête indépendante sur la question, l'ACSEF était
avisée qu'elle pouvait visionner les bandes vidéo au siège
social.
La Commission canadienne des droits de la personne, Amnistie
internationale et la Réforme pénale internationale
s'inquiètent du fait que le Canada n'ait pas respecté
l'Ensemble de règles minima pour le traitement des détenus
des Nations Unies. La question sera également soulevée
lors de la 4e Conférence mondiale des Nations Unies sur les
femmes, qui se tiendra à Beijing (Chine) du 4 au 15 septembre
1995. Des regroupements de femmes, des groupes de justice pénale,
le mouvement syndical et les Premières nations ont aussi soumis
des résolutions. La question sera inscrite à l'ordre du
jour des consultations « La violence faite aux femmes » qui
se tiendront avec le ministère de la Justice en juin 1995.
L'ACSEF demande participation et financement en relation avec la
Commission d'enquête sur les questions entourant les incidents
survenus en avril 1994 à la P4W. L'ACSEF désire que
soient mis à jour tant les pouvoirs décisionnels que les
niveaux de responsabilité à cet égard; nous
exigeons également que soient analysées et modifiées
les politiques et procédures des SCC en ce qui a trait à
la P4W et aux nouvelles prisons. Nous voulons que soient renversée
la décision selon laquelle il serait possible d'embaucher
davantage d'hommes et nous désirons également que soient
modifiées les politiques en matière de fouille et de ségrégation.
Compte tenu le rôle joué par le Bureau de l'enquêteur
correctionnel et le Comité consultatif des citoyens, nous
aimerions que soient améliorés les pouvoirs
d'intervention d'institutions externes. Il faudrait également
compenser les femmes concernées. En outre, l'ACSEF appuie les
recommandations soulignées au Rapport spécial de l'Enquêteur
correctionnel. L'adhérence inconsistante des SCC au regard de
ses propres procédures de grief des prisonnières et
politiques est une autre question qui demeure irrésolue. Nous
nous interrogeons sur la capacité du personnel de gestion de la
P4W lorsqu'il s'agit de respecter le processus de grief des prisonnières,
établi par les SCC.
Le 14 avril 1995, une nouvelle aile d'isolement cellulaire à
la P4W sera inaugurée. Des portes solides, des distributeurs de
repas verrouillés, des lumières phosphorescentes
aveuglantes, une aération douteuse, une programmation qui
manque de discernement et un contact personnel limité en font
un environnement extrêmement déplaisant. On maintient que
l'ancienne aile d'isolement cellulaire est en voie de rénovation
alors que l'on enlève les plaques cylindriques (qui avaient été
fixées aux barreaux lorsque les femmes sont revenues du Pénitencier
de Kingston, en juillet dernier). La prison a l'intention d'en faire
une aile pour « besoins spéciaux » à
l'intention des femmes souffrant de maladies mentales et incapables d'être
intégrées à la population carcérale dans
son ensemble. Selon les SCC, dix femmes à la P4W font partie de
cette catégorie.
Compte tenu le rejet par les Services correctionnels du Canada de
leur responsabilité au regard des incidents survenus en avril
1994 à la Prison pour femmes, l'ACSEF préférerait
qu'ils conçoivent des plans clairs afin de répondre aux
besoins des femmes présentement incarcérées à
la Prison pour femmes (P4W) et à celles qui seront mutées
à les nouvelles prisons et à la Loge de guérison.
Il faut mettre davantage l'accent sur le processus de transition et le
développement d'appuis communautaires à l'intention des
prisonnières (on consacre trop d'énergie à
renforcer la notion de femmes incarcérées comme étant
difficiles à contrôler et représentant des risques
sur le plan de la sécurité).
b) Contrats octroyés par les SCC
La SEF d'Hamilton a demandé au Solliciteur général
qu'il entame les négociations au regard de la maison de
transition à l'intention des femmes de sa région.
Conformément au processus d'offre d'appels pour les lits, le
contrat a été octroyé à l'Armée du
Salut d'Hamilton. Par la suite, ce contrat fut suspendu, sans
qu'aucune date de reprise ait été fixée. Pendant
ce temps, des femmes moisissent en prison.
c) Planification de la transition/mise
en oeuvre du groupe de travail
L'ACSEF continue de mettre l'accent sur les questions ayant trait à
la mise en oeuvre des recommandations du Groupe de travail sur les
femmes purgeant une peine fédérale. Notre but est
d'aider et d'appuyer celles concernées par la transition prévue
lors de la fermeture de la Prison pour femmes (P4W) à Kingston
et de l'ouverture des nouvelles prisons ainsi que des Loges de guérison.
A cette fin, l'ACSEF continue de se rendre au moins une fois par mois
à la prison. Nous avons également pu rendre visite à
des femmes incarcérées au Centre correctionnel pour
femmes de Burnaby, qui agit à titre de prison pour les femmes
purgeant une peine fédérale, dans la région du
Pacifique. Grâce à ces visites, à des appels téléphoniques
et à des lettres, nous maintenons un contact régulier
avec les femmes purgeant une peine fédérale à l'échelle
du pays.
Les femmes purgeant une peine fédérale en provenance
des Prairies restent dans la région et y sont rapatriées;
elles sont, à l'heure actuelle, incarcérées au
Centre psychiatrique régional (CPR) à Saskatoon. A en
croire les femmes, les conditions y sont abominables. Au Québec,
la plupart des femmes purgeant une peine fédérale sont
incarcérées à la maison Tanguay, de juridiction
provinciale, en vertu d'un accord d'Échange de services entre
la province et le gouvernement fédéral, qui restera en
vigueur jusqu'à l'ouverture de la nouvelle prison pour femmes à
Joliette.
Les membres de l'ACSEF partagent également de l'information
mise à jour sur chacune des nouvelles prisons. Malgré
les objections et les interventions de l'ACSEF et d'autres
regroupements de femmes, les Service correctionnels du Canada
appliquent un nouveau degré de sécurité à
l'égard des femmes. En outre, en réaction aux «
incidents » d'avril, le mythe des femmes incarcérées
représentant des risques sur le plan de la sécurité
a pris des proportions démesurées. Trop de femmes sont
considérées comme représentant un risque. L'ACSEF
continue de régulariser et de mettre en doute ce processus. La
nécessité d'intégrer les femmes aux nouvelles
prisons à sécurité minimale qui ouvriront bientôt
nous préoccupent.
A la suite des incidents survenus en avril 1994, la capacité
des ailes de sécurité améliorée a doublé
et les cellules sont construites afin d'y loger des couchettes
doubles; l'isolement cellulaire ou la capacité de sécurité
améliorée ont, en fait, quadruplé. On parle aussi
de développer un style de ségréation supplémentaire,
genre « espace de cellule » dans les nouvelles prisons. En
outre, une recherche sur les femmes violentes a été
commandée aux fins d'élaboration de politiques à
l'intention des nouvelles prisons.
Un an après les incidents, une photo d'amateur des 134 femmes
incarcérées à la P4W révélait que
52 d'entre elles étaient classées sous la rubrique sécurité
maximale, 44 sous la rubrique sécurité moyenne et
seulement 38 sous la rubrique sécurité minimale; 12
d'entre elles résident actuellement dans l'Établissement
à sécurité minimale situé de l'autre côté
de la rue. L'ACSEF continuera de régulariser ce processus qui,
non seulement a des répercussions sur les pratiques en vigueur à
la P4W, mais qui suscite aussi de nouvelles préoccupations
quant à l'intégration des femmes aux nouvelles prisons
dans les régions.
Les SCC n'ont pas encore établi de comités de
planification de la transition composés des FPF de chaque région.
Les représentantes de chaque comité régional
formeront, à leur tour, un Comité directeur national
dont l'effectif, à la demande des femmes purgeant une peine fédérale,
devrait inclure l'ACSEF. Une fois ces comités mis sur pied, on
prévoit que les Sociétés Elizabeth Fry régionales
seront reliées en groupe transitionnel afin de faciliter la
planification de l'intégration des femmes au sein des communautés,
lorsqu'elles arrivent dans la région.
Des discussions préliminaires ont été entamées
sur l'établissement de protocoles Elizabeth Fry/Services
correctionnels afin de faciliter la régionalisation du mandat
de l'ACSEF qui vise à défendre les intérêts
des prisonnières et leur donner voix au chapitre. En outre, les
SCC ont accepté de doter de politiques et de procédures
nationales, régionales et institutionnelles, les représentantes
de l'ACSEF qui coordonneront les efforts de défense et de
sensibilisation.
L'ACSEF oeuvre également afin d'assurer la participation des
femmes purgeant une peine fédérale au processus de
planification de la transition, à l'élaboration de stratégies
de communication améliorées et à l'établissement
de protocoles entre les régions, en vue de la fermeture de la
prison des femmes de Kingston et de la mutation subséquente
vers des nouvelles prisons.
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