III. Recommandations en réponse au document de consultation : Réforme des moyens de défense visés par le Code criminel : Provocation, légitime défense et défense des biens.
   
A. Abolir la peine minimale obligatoire d'emprisonnement à perpétuité
   
La principale recommandation formulée par l'ACSEF en réponse au document de consultation du ministère de la Justice : Réforme des moyens de défense visés par le Code criminel : Provocation, légitime défense et défense des biens (Ministère de la Justice, 1998) est d'abolir la peine minimale obligatoire d'emprisonnement à perpétuité. Depuis 1979, l'ACSEF s'oppose formellement à toutes les peines minimales obligatoires, à l'instar de nombreuses autres commissions gouvernementales, notamment la Commission canadienne sur la détermination de la peine (1986). Étant donné les conséquences extrêmement graves d'une peine minimale obligatoire d'emprisonnement à perpétuité pour une femme reconnue coupable de meurtre et compte tenu des conditions qui prévalent dans les prisons pour femmes, l'ACSEF demande que cette peine, ainsi que toute autre peine minimale d'emprisonnement, soit abolie.
 
  1. Discrimination systémique : traitement inégal
     
Tout d'abord, il faut abolir les peines minimales obligatoires si nous voulons nous attaquer à la discrimination systémique qui prévaut dans la criminalisation et l'emprisonnement des femmes, des groupes racisés, des personnes handicapées, des pauvres, des lesbiennes et des gais. Bien que certaines personnes semblent croire que l'imposition d'une peine minimale obligatoire correspond à un " traitement égal ", cette croyance simpliste est erronée.
 
Une peine minimale obligatoire pourrait être qualifiée de " traitement égal " seulement si tous couraient un risque égal d'être condamnés à une telle peine. Mais tout le monde ne court pas le même risque, et ce, pour plusieurs raisons. La disparité est en partie créée par le choix d'infractions entraînant une peine minimale obligatoire. Il s'agit habituellement d'infractions commises de façon disproportionnée par des membres appartenant aux classes socio-économiques les plus défavorisées de la société (Morgan, 1999 p. 276-77). Et comme les militants, les chercheurs et les intervenants l'ont abondamment démontré, les autochtones, les membres de groupes racisés et les pauvres font face à un système de justice pénale où les décisions discrétionnaires sont systématiquement prises à leur désavantage, à partir de la décision de porter une accusation prise par la police au moment de son enquête, de la décision de poursuivre prise par le substitut du procureur général, des décisions rendues par le juge au terme du procès ou au moment de déterminer la peine, des pratiques pénales et des décisions disciplinaires prises par les autorités carcérales, jusqu'aux décisions prises par la Commission des libérations conditionnelles.
 

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